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LA MODER

 

 

 

De sa source, dans les Vosges du Nord, à ZITTERSHEIM, près de WINGEN SUR MODER, jusqu’à sa confluence avec le Rhin, en aval du barrage d’IFFERZHEIM –BEINHEIM, la Moder parcourt 90.3 kilomètres.

 

 

HISTORIQUE

 

Cette rivière, avec ses confluences a façonné à travers les millénaires, la géographie d’une grande partie de l’Alsace du Nord.

Il nous est assez difficile de nous représenter à la fin des grandes glaciations, la Moder, le Falkensteinbach, le Rotbach, la Zinzel et bien d’autres, en torrents impétueux, érodant le grès, charriant des milliers de tonnes d’alluvions des « hautes vallées » d’Ingwiller à Pfaffenhoffen vers la plaine d’Alsace, pour les étaler en cônes alluvionnaires, formant des terrasses et une grosse partie du substrat de la forêt de Haguenau .

Haguenau, la dernière terrasse alluviale après laquelle la rivière ralentie, vers Bischwiller elle serpente, fait des méandres et c’est là que se crée le grand Ried de la Moder avec ses vastes prairies inondables. Elle est rejointe par la Zorn après Rohrwiller, unissant les deux grands Rieds Zorn - Moder, vastes étendues fertiles, puis la confluence avec le Rhin, en forêt de Drusenheim.       

 

 

REPORTS DE CONFLUENCES

 

Ce parcours a été modifié vers la fin du 19ième siècle : la rivière Moder d’alors se jetait dans le Rhin à Drusenheim. C’est lors de la rectification du Rhin par l’ingénieur allemand Tulla, de 1845 à 1880, que la Moder fut déviée dans le Rotrhein (ce grand bras secondaire charriait des sédiments gréseux rougeâtres lors des crus printanières) ; ce deuxième tahlweg confluait avec le Rhin à Neuhaeusel, notre Moder gagna donc une douzaine de kilomètres…….

Et lors de la construction, dans la deuxième moitié du 20ieme siècle, des barrages hydroélectriques de Gambsheim et Ifferzheim, une 2ième rectification fut entreprise et l’embouchure fut à nouveau reportée de 3 kilomètres (par le biais du canal de drainage), en aval du bief de Beinheim Ifferzheim.

 

 

ECOLOGIE

 

Un petit ruisseau de montagne

 

De sa source à Zittersheim, jusqu’à Wimmenau, la Moder est un petit ruisseau de moyenne montagne qui se faufile entre bosquets et pâturages. Après, en prenant de l’importance, le cours d’eau se fait souvent ponctionner son eau pour alimenter de petits étangs à truites. Sur tout ce secteur, et jusqu’à Ingwiller, la Moder est un cours d’eau de catégorie 1 avec, en faune spécifique, les salmonidés, en particulier la truite. Dans le biotope environnant, le cerf, le sanglier, le chevreuil sont représentatifs du grand gibier. Les cariçaies et prairies humides bordant le cours d’eau étaient des lieus de nidification typiques de la bécassine des marais et probablement du râle des genêts, mais les bouleversements agricoles et industriels ont détériorés l’environnement et ces espèces semblent avoir disparues.

 

Une rivière

 

A partir de Pfaffenhoffen, nous avons une rivière de catégorie 2, zone à cyprinidés ou poissons blancs. Pour le grand gibier, c’est le chevreuil et le sanglier qui dominent, alors qu’en petit gibier, on trouve le lapin de garenne, surtout dans les zones sablonneuses aux alentours de Haguenau ; Le lièvre et le faisan sont en régression comme partout : monoculture oblige ! Pour la perdrix grise et la caille des blés, espèces jadis courantes dans ces secteurs, un profond changement de gestion agricole serait bien sûr nécessaire (retour vers des zones prairiales et bocagères).

 

Le Ried

 

Même constat pour la zone riedienne de Haguenau à Drusenheim, ou, jusque dans les années 60, des populations de limicoles (courlis cendrés, vanneaux huppés, barges à queue noire) étaient bien présentes et viables ; Mais le labour des prairies a eu rapidement raison du courlis et de la barge , le vanneau essayant de s’adapter péniblement à la maïsiculture.

 

Les forêts du Rhin

 

De Drusenheim jusqu’à la confluence avec le Rhin, le cours inférieur de la Moder change totalement d’aspect : la rivière à méandres devient un cours d’eau plus forestier, plus large, profond de plusieurs mètres à certains endroits, avec des bras latéraux alimentés en apports phréatiques. La flore et la faune changent, deviennent plus diversifiés, apparition de roselières, véritables filtres naturels et creusets de vies, ou de grandes saulaies blanches annonciatrices du grand complexe fluvial. On peut dénombrer de 15 à 20 espèces végétales différentes à l’are ! Ces dans ce secteur qu’apparaissent les typiques barques à fond plat, les calfats, les eaux étant (ou étaient ?) très poissonneuses : poissons blancs,  brochets, sandres, tanches, carpes, anguilles, silures.

 

En mammifères, nous avons le chevreuil et le sanglier en tête de liste, les roselières et les clairières, surtout après la tempête de 99, leurs offrant gîte et couverts ; le lièvre serait en train de regagner du terrain ; citons aussi le castor d’Europe, espèce protégée, réintroduite en 1995 à Fort Louis et qui s’installe tranquillement ; le ragondin introduit à la fin du 19ième siècle se multipliant et causant beaucoup de dégâts aux berges ; le rat musqué également introduit d’Amérique en 1905 avec les mêmes inconvénients……

 

Présents également, de la source à la confluence, renard, blaireau, martre, putois (devenu rare), et sur le cours inférieur, des traces et quelques observations (SIC) de ratons laveurs et de chiens viverins ; sur le cours supérieur et vers la source, le chat sauvage et des traces de lynx. 

 

Pour l’avifaune, en gibier d’eau, le canard colvert : les saules et les arbres s’étalant sur l’eau leurs offrent des conditions optimales de gagnage et de nidification ; en hivernants : le garrot à œil d’or, la sarcelle d’hiver, le morillon, le milouin, le chipeau, le souchet, la nette rousse sans compter la foulque et la poule d’eau (qui elle, remonte jusqu’à la source) . Parlons aussi du grand cormoran, issu de populations scandinaves et centreuropéennes, à qui le Rhin aménagé offre une vaste voie d’accès. L’espèce dont le statut de chassable ou protégée est discutable essaime en quantité sur les cours d’eau secondaires.

 

En espèces protégées : le grèbe castagneux, le grèbe huppé, le martin pêcheur, le héron cendré (ces 2 espèces remontant jusqu’à Ingwiller), la grande aigrette, le blongios nain (de Dalhunden à Fort Louis), le butor étoilé (très rare), le râle d’eau, la marouette ponctuée. La bécasse des bois est présente dans tout le secteur forestier ; le faisan de Colchide et la caille des blés essayent de se maintenir dans les zones prairiales rélictuelles.

 

 

APB ET CONTRAT RIVIERE MODER

 

Un Arrêté de Protection du Biotope a été pris sur le cours inférieur de la Moder en               1988. Cet APB vise à garder son authenticité au cours d’eau avec le maintien de son tracé, de ses berges naturelles, de sa flore, de sa faune et de ses paysages.

En 1994 un « contrat Rivière Moder » fut passé entre le Conseil Général du Bas-Rhin, l’Agence de l’eau Rhin –Meuse, l’Etat et le Comité de Rivière Moder. Ce contrat de 340.2MF vise « à dépoluer et reconquérir la qualité de l’environnement de la rivière », en finançant en grande partie la construction ou l’amélioration de stations d’épurations .

Après des décennies de rectifications,  d’enrochements et surtout d’utilisation en tant qu’égout, ce contrat se veut réparateur des erreurs commises dans un passé récent.

Actuellement la qualité de l’eau de la Moder est qualifiée de « moyenne », des progrès ont été faits, mais beaucoup d’efforts restent à faire, surtout au niveau des pratiques agricoles : zones tampons exemptes d’épandages divers sur tout le parcours, éviter le labours des berges surtout sur le cours supérieur pour supprimer l’érosion des rives, car, si la qualité de l’eau s’améliore, un danger plus sournois s’annonce : l’ensablement. Sur tous les cours d’eau d’Alsace du Nord : Moder, Sauer, Lauter, l’accumulation des sables s’accentue, le sable, inerte, détruisant,  en les recouvrant toutes les zones  de fraies et de départs de chaînes alimentaires (phyto et zooplancton).

 

 

PATRIMOINE NATUREL

 

La Moder est une rivière qui a marqué de son empreinte l’Alsace du Nord, à elle seule, elle est une entité digne de protection, de restauration, de conservation. Tous les efforts investis ont donnés des résultats positifs visibles, que ce soit sur le plan écologique, cynégétique, piscicole, touristique (un tourisme « vert » se met doucement en place).

 

Sachons garder cette volonté de maintenir ce patrimoine naturel pour les générations futures……..